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16/09/2008 9:00
Proust Marcel, Du côté de chez Swann (0 commentaire)

"Les procédés de narration destinés à exciter la curiosité ou l’attendrissement, certaines façons de dire qui éveillent l’inquiétude et la mélancolie, et qu’un lecteur un peu instruit reconnaît pour communs à beaucoup de romans, me paraissaient simplement […] une émanation troublante de l’essence particulière à François le Champi."

Modulation d’Oriane (Bic vert): La multiplicité des télévisions, la diversité infinie de leurs images, leur mobilité extrême provoquent comme une indifférence générale, tout se brouille dans un désordre complet, les images s'ajoutent aux images, s'accumulent, construisent l’indistinction où chacun ne voit que ce qu'il veut — s'abuse —, la réalité du monde s’expose comme une fiction aux procédés reconnus destinés à éveiller la curiosité mais qui, dans leur formalisme attendu, ne provoquent qu’indifférence. La réalité n'est plus matière mais mise en forme, procédés… Tout cela a bien peu d'importance, Roberte ne croit plus en rien, comment s’intéresser à l’ensemble incohérent de fragments que la narration s'efforce à rendre logiques, se prendre aux ruses reconnues du récit ? Difficile de savoir… Roberte ne perçoit pas de différence entre l’artificialité de la construction des images — tableaux ou téléviseurs — et celle des scènes jouées par les personnages — qui devraient pourtant être plus réels — qui l’entourent. Elle sait que leur comportements ne sont que masques, faux-semblants, que ce monde dans lequel elle se déplace sans enthousiasme n’est qu’un théâtre où chacun s’efforce de rendre crédible un rôle sans parfois y croire vraiment…





30/03/2008 7:49
Proust Marcel, Le temps retrouvé (0 commentaire)

"Peu à peu, conservée par la mémoire, c’est la chaîne de toutes ces expressions inexactes où ne reste rien de ce que nous avons réellement éprouvé, qui constitue pour nous notre pensée, notre vie, la réalité, et c’est ce mensonge là que ne ferait que reproduire un art soi-disant «vécu», simple comme la vie, sans beauté, double emploi si ennuyeux et si vain de ce que nos yeux voient et de ce que notre intelligence constate qu’on se demande où celui qui s’y livre trouverait l’étincelle joyeuse et motrice, capable de le mettre en train et de le faire avancer dans sa besogne."

Modulation d’Oriane (crayon de papier 2B noir): le rapport à la réalité, vieux problème de la littérature, l’écriture dévorant le réel comme le loup dévore l’agneau… Problème de la mémoire, de la fidélité de la mémoire (il me semble aussi avoir lu quelque chose comme cela dans
Le journal de Charlus…). Mais au fond n’est-ce pas simplement le problème de la vie même car qu’est-ce que vivre sinon dévorer le réel, le digérer et par cette opération d’assimilation le faisant nôtre, le changeant en ce vers quoi il tend ? Rien n’est jamais «simple vécu»: nous sommes tous, toujours, des êtres de fiction si ce n'est des fictions d'être.





14/07/2007 6:46
Nizan Paul, La conspiration (0 commentaire)
"C’est à vingt ans qu’on est sage : on sait alors que rien n’engage ni ne lie, et qu’aucune maxime n’est plus basse que la fameuse phrase sur les pensées de la jeunesse réalisées dans l’âge mûr;
 
on ne consent à s’engager que parce qu’on devine que l’engagement ne donnera pas une figure définitive à la vie ; tout est confus et libre ; on ne fait que de faux mariages, à la mode des coloniaux, qui attendent les grandes orgues nuptiales des métropoles. La seule liberté enviable paraît celle de ne point choisir : le choix d’une carrière, d’une femme, d’un partin’est qu’une défaillance tragique."

Modulation d’Oriane (feutre vert) : il y a beaucoup de vrai là-dedans et cette vérité est de celle qui permet certaines figures romanesques (
Marc Balma, Saint-Loup, Jean-Pierre Balpe) mais, comme dans toute pensée d’auteur, il y a aussi beaucoup de faux car nombre sont les personnages qui s’engagent définitivement à vingt ans. Tout écrivain est la plupart du temps à la recherche de formules gravées dans le bronze d’une langue harmonieuse qui tend à figer en vérité absolue des vérités relatives.





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